Doc Doc 2026
DOC DOC DOC Entrez ! - Edition 2026
Dans un monde en perte accélérée de repères, le cinéma documentaire peut offrir des perspectives réconfortantes. C’est précisément ce que propose l’équipe du cinéma de Villedieu pour la 22ème édition de son festival Doc Doc Doc… Entrez !. Des cinéastes nous font pénétrer dans l’intimité de leur famille écartelée en nous entraînant, dans le sillage de mères disparues, de la banlieue caennaise à New Delhi (Nani India) ou de la banlieue parisienne au Caire (La vie après Siham). Parce que ne pas perdre les traces d’un monde révolu est plus important que jamais, nous suivrons Rémi Mauger dans son périple aux quatre coins des Normandie, la continentale et l’insulaire, à la poursuite de passionnés qui entretiennent la flamme vacillante des parlers locaux et nous goûterons avec émotion à une plongée dans le Poitou rural des années cinquante avec le précieux Souvent l’hiver se mutine.
Le chaos du monde se rappellera à nous, mais avec la touche d’espoir que porte toute résistance. Que ce soient les habitants de la favela de Gamboa en butte à l’avidité des promoteurs (Os barcos), les contestataires du mouvement Les Soulèvements de la Terre (Soulèvements), les adolescents yézidis de Rashid, l’enfant de Sinjar qui affichent leur joie d’avoir survécu à la barbarie sur la couverture de cette plaquette ou les militantes féministes de Girls for Tomorrow, tous témoignent de la pulsion universelle de ne pas céder à la fatalité.
Il y aura encore d’autres rendez-vous comme l’étonnant Soundtrack pour un Coup d’État qui montre à travers le martyr de Patrice Lumumba, éphémère président de l’ex Congo belge, comment un impérialisme peut en cacher un autre en instrumentalisant quelques-uns des plus grands jazzmen étasuniens. Et nous finirons cette semaine en beauté avec notre ami Patrick Leboutte qui nous entraînera dans une rétrospective du film documentaire belge dans laquelle nous retrouverons notamment Déjà s’envole la fleur maigre sur lequel il vient de terminer un livre.
Mardi 7 avril 18h15 Souvent l'hiver se mutine |
Mardi 7 avril 21h00 Soulèvements |
Mercredi 8 avril 18h15 La vie après Siham |
Mercredi 8 avril 21h00 Os barcos |
Jeudi 9 avril 18h15 Rashid, l'enfant de Sinjar |
Jeudi 9 avril 21h00 Soundtrack to a coup d'Etat |
Vendredi 10 avril 18h15 Ma langue natale |
Vendredi 10 avril 21h00 Nani India |
Samedi 11 avril 21h00 Girls for Tomorrow |
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SOUVENT L'HIVER SE MUTINE
Benoît Perraud
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SOULEVEMENTS
Thomas Lacoste
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LA VIE APRES SIHAM
Namir Abdel Messeeh
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OS BARCOS
Vincent Boujon
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RASHID, L'ENFANT DE SINJAR
Jasna Krajinovic
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SOUNTRACK TO A COUP D'ETAT
Johan Grimonprez
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SOUNTRACK TO A COUP D'ETAT
Johan Grimonprez
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MA LANGUE NATALE
Rémi Mauger
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NANI INDIA
Benoît Raoulx
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GIRLS FOR TOMORROW
Nora Philippe
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SOUVENT L'HIVER SE MUTINE
Benoît Perraud
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SOULEVEMENTS
Thomas Lacoste
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LA VIE APRES SIHAM
Namir Abdel Messeeh
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OS BARCOS
Vincent Boujon
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RASHID, L'ENFANT DE SINJAR
Jasna Krajinovic
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MA LANGUE NATALE
Rémi Mauger
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NANI INDIA
Benoît Raoulx
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GIRLS FOR TOMORROW
Nora Philippe
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JE SUIS VOTRE VOISIN
Karine de Villers
Thomas de Thier
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LE CHANTIER DES GOSSES
Jean Harlez
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GIGI, MONICA... ET BIANCA
Yasmina Abdellaoui
Benoît Dervaux
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DEJA S'ENVOLE LA FLEUR MAIGRE
Paul Meyer
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LES RENGAINES
Pablo Guarise
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JE SUIS VOTRE VOISIN
Karine de Villers
Thomas de Thier
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ELEVER AU GRAIN
Alice Godart
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LE CHANTIER DES GOSSES
Jean Harlez
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LES RENGAINES
Pablo Guarise
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DEJA S'ENVOLE LA FLEUR MAIGRE
Paul Meyer
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ELEVER AU GRAIN
Alice Godart
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GIGI, MONICA... ET BIANCA
Yasmina Abdellaoui
Benoît Dervaux
Samedi 11 avril 10h00 Le documentaire belge, toute une histoire |
Samedi 11 avril 11h00 Je suis votre voisin |
Samedi 11 avril 14h30 Le chantier des gosses |
Samedi 11 avril 16h30 Déjà s'envole la fleur maigre |
Dimanche 12 avril 10h00 Gigi, Monica... et Bianca |
Dimanche 12 avril 14h30 Les rengaines |
Dimanche 12 avril 16h30 Elever au grain |
HOMMAGE
Jean-Joël Lemarchand s‘était installé à Villedieu il y a une dizaine d’années. Très vite il avait pris le chemin de la salle de cinéma d’abord comme spectateur puis rapidement comme bénévole très impliqué dans la programmation et les animations. Il avait notamment participé à la mise en place de plusieurs cycles autour du western, du film noir ou de la comédie musicale. Il avait pris une large place ces dernières années dans la préparation du festival documentaire. Les éditoriaux, bien qu’écrits à plusieurs mains, étaient marqués par son style. Cette année encore, nous avons commencé à travailler sur cette édition avec lui mais très rapidement la maladie l’a empêché de poursuivre. Il nous a quittés en tout début d’année. Nos pensées vont vers lui, vers Ghilaine son épouse avec qui nous continuerons à proposer des livres dans le cadre du festival, comme ils avaient commencé à le faire tous les deux. Et nous resterons fidèles à la conception du documentaire que nous partagions, celle de Jean-Louis Comolli qu’il appréciait tout particulièrement.
MARDI 7 AVRIL
Pour l’ouverture du festival, le groupe programmation a choisi de mettre en regard deux films sur la mémoire et notre avenir. Le premier témoigne de la disparition achevée de ce que fût le quotidien des « petites gens » – travailleur-ses-s de la terre et de la mer - en Poitou-Saintonge au siècle dernier. Le second porte la voix des luttes actuelles pour sauvegarder tout ce qui rend le monde habitable.
Entre évocation d’un mode de vie âpre où se brisaient souvent les rêves et combats pour refuser un système où rien n’a plus de sens, ces images, ces paroles et ces chants renforcent notre attention sur ce qui se joue aujourd’hui.
Mardi 7 avril - 18h15
SOUVENT L'HIVER SE MUTINE
de Benoît PERRAUD
France, 2025 1h14
À travers un trésor d’archives rares, Souvent l’hiver se mutine nous immerge dans la vie paysanne du Poitou au XXe siècle — ses gestes, ses luttes, ses rituels. Les voix de celles et ceux qui ont façonné cette terre s’élèvent en chants, dévoilant une mémoire vive : celle d’une communauté dominée mais résistante, qui construisait un patrimoine culturel unique. Un monde disparu reprend vie sous nos yeux, dans une fresque sensible et politique.
À partir d’images d’archives, une plongée dans le Poitou du XXe siècle, où tout paraît si lointain et proche à la fois. Un formidable travail de mémoire, politique au sens fort du terme, qui en apprendra aux uns et, aux autres, fera office de madeleine de Proust. Gilles Tourman - Les Fiches du Cinéma
Mardi 7 avril - 21h00
en présence de représentants du comité local du Sud-Manche
SOULEVEMENTS
de Thomas LACOSTE
France
2026 1h45
Un portrait choral à 16 voix, 16 trajectoires singulières, réflexif et intime d’un mouvement de résistance intergénérationnel porté par une jeunesse qui vit et qui lutte contre l’accaparement des terres et de l’eau, les ravages industriels, la montée des totalitarismes et fait face à la répression politique. Une plongée au cœur des Soulèvements de la Terre révélant la composition inédite des forces multiples déployées un peu partout dans le pays qui expérimentent d’autres modes de vie, tissent de nouveaux liens avec le vivant, bouleversant ainsi les découpages établis du politique et du sensible en nous ouvrant au champ de tous les possibles.
C’est un film d’amour, une déclaration à tout ce que la nature compte de précieux : arbres, vaches, montagnes, oiseaux, glaciers et ajoutons l’eau, bien sûr, qui fut au centre de l’action des Soulèvements de la Terre contre les mégabassines, à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), le 25 mars 2023. Après la tentative ratée, de Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, de dissoudre ce collectif né en 2021, celui-ci n’a cessé d’élargir ses luttes, réussissant plus d’une fois à faire reculer (au moins provisoirement) des projets jugés mortifères – mégabassines, autoroute A69, extension de sablières… Clarisse Fabre - Le Monde
MERCREDI 8 AVRIL
Il n’y a pas de liens évidents entre les films de cette deuxième soirée, si ce n’est la volonté de continuer à suivre le travail de leurs réalisateurs.
Pour Namir Abdel Messeeh, il s’agit du dernier volet de l’histoire familiale dont nous avions programmé les précédents : Toi Wagui, sur son père, puis La vierge, les coptes et moi avec sa mère.
Quant à Vincent Boujon, nous l’avions déjà reçu pour Vivant ! film profond et joyeux qui suivait un groupe d’hommes en stage de parachutisme. Il sera de nouveau à Villedieu pour nous parler cette fois de son travail avec une communauté de pêcheurs rencontrée au Brésil.
Mercredi 8 avril - 18h15
LA VIE APRES SIHAM
de Namir ABDEL MESSEEH
France, Egypte 2026 1h16
Une déclaration d’amour qui ne peut plus être partagée mais qui n’en est que plus impérieuse. Faussement improvisé, magnifiquement pensé en termes de cinéma et de collage poétique, ce nouveau volet est juste bouleversant d’humanité et d’universalité. Xavier Leherpeur - L’Obs
Après avoir évoqué l’exil de son père dans Toi Wagui nous découvrions avec La vierge, les coptes et moi la famille égyptienne du réalisateur. Dans ce troisième film, Namir Abdel Messeeh évoque et convoque à nouveau Siham, sa mère décédée. Réutilisant parfois certaines séquences de ses deux films antérieurs, créant ainsi pour le spectateur l’impression de souvenirs communs, il complète, pour lui, mais aussi pour nous, le récit familial. La carte blanche de P. Leboutte s’intitulait, l’an dernier, Filmer les siens, ouvrir l’intime à l’universel. Dans son texte introductif, il écrivait notamment «Comment ne pas faire de cette intimité à laquelle nous sommes conviés une simple affaire privée, mais au contraire quelque chose qui nous regarde toutes et tous ? » La vie après Siham, avec son humour et son insistance à savoir et à comprendre, réussit, nous semble-t-il, ce pari.
Mercredi 8 avril - 21h00
rencontre avec le réalisateur, Vincent Boujon
OS BARCOS
de Vincent BOUJON
France
2025 1h25
Dans la favela de Gamboa (Bahia, Brésil), la terrasse du restaurant de Mônica est devenue tendance depuis que des influenceurs se prennent en selfie dans ce décor atypique au bord de la baie de Salvador. Mais à l’envers de cette carte postale, les habitants tentent de profiter de cette manne touristique pour survivre, alors que les riches voisins des alentours leur compliquent la tâche...
Loin des cartes postales épinglées en ouverture de son film, le réalisateur témoigne du quotidien d’une communauté tirant jusqu’alors sa subsistance d’une pêche traditionnelle. Face à l’afflux des touristes et à l’extension des pontons d’une riche bourgeoisie qui détériore la qualité des eaux, les promesses d’une vie meilleure se mêlent aux interrogations sur l’avenir des habitants et de leurs traditions.
JEUDI 9 AVRIL
Très différents dans leur forme et par les temps évoqués, les films de cette troisième soirée font le grand écart et donnent un aperçu de la diversité de ce que le cinéma documentaire propose.
Histoire individuelle d’aujourd’hui, relatée dans sa forme la plus simple et la plus touchante ou évocation de la décolonisation dans une construction très sophistiquée, cette programmation permet de comprendre un peu mieux les multiples drames et répercussions des luttes de pouvoir.
Avant-goût non prémédité du week-end imaginé par Patrick Leboutte sur le cinéma documentaire belge, nous découvrirons ainsi le travail de Jasna Krajinovic, passée par l’INSAS de Bruxelles et celui de Johan Grimonprez, cinéaste belge.
Jeudi 9 avril - 18h15
RASHID L'ENFANT DE SINJAR
de Jasna KRAJINOVIC
Belgique, France, 2025 1h20
Enlevé avec une partie de sa famille par l’État islamique, Rashid a pu retrouver son village près de Sinjar, au nord-ouest de l’Iraq, capitale historique de la minorité yézidi à laquelle il appartient. Jasna Krajinovic va le suivre plusieurs années après sa libération et nous faire partager ses interrogations car, pour Rashid, les difficultés ordinaires de l’adolescence pour trouver sa place sont amplifiées par les persécutions dont sa communauté est victime.
La réalisatrice Jasna Krajinovic filme Rashid dans son quotidien, avec une grande pudeur et sans commentaire. À travers ce portrait délicat, la documentariste, attachée au thème de l’enfance, parvient à nous faire rencontrer ce jeune homme à sa manière, fine et intime. Elle s’en tient à l’observer dans ses silences et ses menus échanges dans la boulangerie familiale ; à capter au plus près les ombres traversant les visages de ses proches et les moments recueillis dans les temples, emplis de branches nouées de tissus colorés. Ces gestes, cette délicatesse, cette capacité de filmer à distance (derrière une porte, un visage) sans impudeur se révèlent remarquables. Parce que la confiance est là, après cinq années de tournage mis bout à bout. Lise Laroye - La Vie
Jeudi 9 avril - 21h00
SOUND TRACK TO A COUP D'ETAT
de Johan GRIMONPREZ
Belgique, France
2025 2h30
Comme pour nombre d’ex-puissances coloniales, les Belges (ré)écrivent leur histoire à partir des drames de la colonisation et des guerres d’indépendances. De l’aveu même du réalisateur, la découverte de nouvelles archives autour de cette période continue de contredire un récit national pourtant déjà mis à mal. Autre qualité de ce travail : la résurgence de figures injustement oubliées parmi lesquelles celle de Andrée Blouin, proche conseillère de Patrice Lumumba. Une traduction en français de son autobiographie devrait paraître mi-avril.
Le jazz n’est pas un prétexte, ni seulement une bande-son offerte au film, même si celle-ci, somptueuse, fait aussi entendre Max Roach, Abbey Lincoln, Nina Simone et même Quincy Jones, il en est son inspiration formelle, vibrionnant entre les époques et les continents, mêlant quantité d’archives captivantes. Elisabeth Franck-Dumas - Libération
VENDREDI 10 AVRIL
Après le détour par la Belgique – pour mieux y revenir lors du week-end – la quatrième soirée propose deux films en lien avec la Normandie.
Elle sera aussi l’occasion de reprendre notre découverte et compréhension de l’art du montage, évoqué lors d’une précédente édition du festival. Benoît Raoulx, réalisateur, et Philippe Dauty, monteur, dialogueront sur leur film Nani India pour nous faire partager les enjeux de cette étape incontournable
Vendredi 10 avril - 18h15
en présence de Rémi Mauger
MA LANGUE NATALE
de Rémi MAUGER
France, 2025 0h52
Les dialectes normands ont-ils disparu ? Le patois de nos anciens a-t-il encore des locuteurs, des gardiens, des héritiers ? Dans un joyeux road-movie à travers la Normandie, Rémi Mauger, enfant de cette langue transmise comme un secret de famille, nous conduit sur ses traces encore vibrantes. Auprès de ses parents, qui n’ont jamais cessé de la parler ; auprès de poètes, chanteurs, slameurs, auprès de linguistes, de chercheurs, d’enseignants et de militants, qui tous s’efforcent de la maintenir vivante, ce documentaire explore un vaste patrimoine, à la fois immatériel et concret. Ce film est un voyage tendre et profond dans la langue-mère, où chaque mot retrouvé raconte une part d’histoire, une parcelle d’identité, une manière de dire le monde.
C’est un film de racines. Un film de famille, aussi. Mais, surtout, un film de mémoire à entretenir, un 52 minutes de concentré de patrimoine oral, tendre et amusé à la fois. Rémi Mauger, Haguais pure souche, a l’œil qui frise derrière la caméra et la voix douce où s’entremêlent français et normand qui s’invite comme par effraction dans les phrases. Le réalisateur de Paul dans sa vie, ce documentaire sur Paul Bedel, agriculteur d’Auderville immortalisé en 2005 pour devenir balise culte d’un XXe siècle révolu, récidive, sensibilité à fleur d’image et de propos. Olivier Clerc - Ouest-France
Vendredi 10 avril - 21h00
en présence de Benoît Raoulx, réalisateur
et Philippe Dauty, monteur
NANI INDIA
de Benoît RAOULX
France
2023 1h38
Benoît est Français. Rupa est Indienne. Ils vivent en Normandie. Depuis la naissance de Felix et Anouk, leurs deux enfants, Benoît observe avec curiosité comment chacun vit sa différence, sa double culture. Tous les ans, la famille se rend en vacances à Delhi, chez "Nani India", la mère de Rupa. Lors de ces journées rythmées par des rituels immuables, rien ne semble pouvoir ébranler la vieille dame, ni le temps qui passe, ni les constructions modernes qui enserrent de plus en plus sa petite maison. Les enfants grandissent, le monde change. Benoît entend profiter des prochaines vacances en Inde pour tenter de résoudre cette énigme : que transmet-on vraiment à nos enfants ? Entre sacré et modernité, entre Inde et Normandie, cette introspection résonne comme un éloge de la diversité.
Benoît Raoulx est enseignant-chercheur en géographie sociale à l'Université de Caen-Normandie. S’étant formé à la réalisation de films documentaires aux ateliers Varan, il a tourné un court métrage au Canada en 2003 et un moyen métrage au Venezuela en 2007. Son dernier opus, Nani India ("grand-mère Inde"), a été élaboré à partir des rushes tournés lors de ses vacances passées depuis dix ans chez sa belle-mère à Delhi, en compagnie de sa femme d'origine indienne et leurs deux enfants. Ce film est un portrait de la bourgeoisie indienne, une réflexion sur les rites religieux immuables, sur la modernisation d'un grand pays et sur l'apprentissage de deux cultures par les enfants du réalisateur. Jacques Puy - Bibliothèque Publique d’Information
Entre les deux films, nous vous proposons de partager un buffet convivial.
Inspiration normande ? Inspiration indienne ?...
Pour nous permettre de bien le préparer, merci de nous faire part de votre intention d'y participer :
- à l'accueil du cinéma
- par mail à
- en utilisant ce lien
Le mardi et le dimanche, il est fréquemment délicat de stationner à proximité de la salle. Il est donc prudent de prendre de la marge pour ne pas arriver en retard.
Le samedi, de nombreux lieux de restauration sont à votre disposition dans Villedieu.
Le dimanche, c’est parfois un peu plus compliqué. Alors nous vous proposons de partager le repas des bénévoles et des intervenant·e·s.
au plus tard le jeudi 9
en utilisant ce lien
à l'accueil du cinéma
ou par mail à
Participation aux frais de repas
Adhérents et tarifs réduits : 10 €
Non-adhérents : 15 €
Samedi 11 avril - 21h00
en présence de Nora Philippe
GIRLS FOR TOMORROW
de Nora PHILIPPE
France, Belgique, Pays-Bas, Bulgarie 2025 1h38
Peu de temps après être venue présenter à Villedieu Pôle emploi ne quittez pas, Nora Philippe a donné naissance à sa fille juste avant de s’envoler pour New York. En quête d’alliées pour renégocier maternité et féminisme et pour repenser le monde dans lequel sa fille grandira, elle découvre Barnard College, une prestigieuse université pour femmes. Sa rencontre avec Evy, Lila, Anta et Talia, quatre étudiantes engagées, marque le début d’un voyage intime et politique qui dure dix ans. D’Obama à Trump, tandis qu’elles construisent leur vie adulte, elles sont traversées par #MeToo, la crise climatique, Black Lives Matter… Elles ont 30 ans aujourd’hui et représentent les visages de la résistance.
Jalonné de victoires comme de désillusions, récit d'apprentissage(s) oblige, [ce documentaire] touche au cœur par ses doutes... comme par ses convictions inébranlables. Ariane Allard - Positif
Au fil de l’eau, certaines des protagonistes deviennent presque des amies, et le regard de la réalisatrice les accompagne quand elles nous entraînent dans leurs vies militantes et intimes, puisque finalement les deux sont toujours étroitement liées. Océane Cachat - Abus de Ciné
SAMEDI 10, DIMANCHE 11 AVRIL
UN SIECLE DE DOCUMENTAIRE BELGE FRANCOPHONE Il y a près d’un siècle, en 1927, s’inaugurait et s’inventait le cinéma belge, en retard de trente ans sur ses principaux voisins. Pour son premier film, Combat de boxe, Charles Dekeukeleire avait déployé dans sa chambre à coucher le drap de son propre lit en guise de toile de fond rehaussant un ring dérisoire figuré par une maquette minuscule, large de cinquante centimètres. Bris-collage, expérimentation sauvage. L’année suivante, Henri Storck proposait ses premières Images d’Ostende, un fascinant ciné-poème où chaque élément sensible composant l’atmosphère de la cité balnéaire - l’eau, le vent, le sable, l’écume - se retrouvait travaillé comme le ferait un sculpteur dans son atelier. Entre avant-gardes artistiques, celles de l’époque (Ivens, Ruttmann, Vertov, Vigo), et hymne à la matière concrète, le documentaire belge était né. Deux images me viennent pour évoquer ce temps des pionniers. D’abord celle de Storck qui développait ses premiers courts-métrages dans sa baignoire et les enroulait à la main, en fumant sa pipe, ignorant splendidement que la pellicule était inflammable. Ensuite celle de Charles Dekeukeleire qui, pour Thèmes d’inspiration (1938), poussant manuellement une charrette en bois chargée de son matériel de cinéaste, parcourut quotidiennement entre trente et quarante kilomètres sur les routes pavées des Flandres, en quête de visages lui rappelant l’âge d’or de la peinture flamande, comme une manière de la réactiver, de la rendre présente dans les paysages. Ces deux images, aujourd’hui encore, je ne cesse de les raccorder. Elles disent la fragilité du geste documentaire et tout autant sa beauté, en Belgique plus qu’ailleurs, pays resté longtemps sans infrastructures audiovisuelles, sans studios, sans équipements, où il fallut attendre la fin des années soixante pour voir enfin le cinéma bénéficier de quelques financements publics, condamnant de facto les trop rares cinéastes à l’invention, à l’exception, à la débrouille voire au déraisonnable. Faire avec, faire tout de même, coûte que coûte plutôt que vaille que vaille, en dépit de la maigreur des moyens : le documentaire fut leur solution, leur respiration, leur arte povera. Il n’est pas sûr, malgré la multiplication des aides, que la situation ait beaucoup changé. C’est cette histoire d’un cinéma inimaginable, improbable, utopique, tout à la fois grave et joyeux - des fulgurances poétiques d’un Paul Meyer ou d’un Jean Harlez jusqu’au jovial Pablo Guarise aujourd’hui - que je souhaite vous raconter au fil des films que l’on verra, comme on touche du doigt les grains d’un chapelet ou mieux encore les perles d’un collier que, même au Louvre, personne n’aurait songé à voler. Patrick Leboutte Tous les textes de cette rétrospective seront présentés et commentés par Patrick Leboutte.
Partie 1 : MEMOIRES DU PEUPLE
Samedi 11 avril - 10h00
Le documentaire belge, toute une histoire
Conférence illustrée, par Patrick Leboutte, historien du cinéma documentaire et professeur à l’Insas.
Samedi 11 avril - 11h00
Un art de la convivialité
Si le documentaire est souvent grave, il peut aussi être une fête des sens, une célébration du plaisir d’être ensemble. Ainsi danse-t-on souvent dans le cinéma belge, comme on y chante, comme on y boit, comme on y déambule en fanfare, en tous lieux : corons et baraquements, bistrots de quartier, fêtes de villages. Entre les films courent un désir de collectivité populaire, un besoin de se sentir de quelque part, le sentiment d’une appartenance communautaire, inévitables dans un pays qui n’en finit pas de se déchirer. La convivialité y apparaît ainsi telle une autre forme de la citoyenneté. Patrick Leboutte
JE SUIS VOTRE VOISIN
Karine de Villers Thomas de Thier
0h21
Des portes s’ouvrent, celles d’une rue populaire de Bruxelles, et ses habitants, d’origines diverses, viennent se présenter à nous pour nous offrir un morceau d’eux-mêmes, avec leurs simples mots, seraient-ils maladroits. Une façon de rejouer « La sortie des usines Lumière », de faire sortir de l’ombre un peuple rarement considéré pour qu’il entre à son tour dans la lumière d’un film d’une infinie tendresse. Du cinéma conçu comme politique de l’hospitalité, ce qu’il devrait toujours être lorsqu’il s’agit de filmer l’Autre. Ce film reçut le FIPA d’or, à Cannes, en 1990. Patrick Leboutte
Frictions du réel Documentaire ou fiction ? Nombre de cinéastes belges se sont employés à briser les digues, aimant se jouer des frontières jugées trop imperméables voire artificielles à leurs yeux, l’un n’allant pas sans l’autre, recto et verso d’un même art : le cinéma. Documentaires sont leurs matériaux, les corps interprétant leurs propres rôles, leurs gestes rigoureusement authentiques car ancrés dans leur quotidien, les lieux, les situations : « Pas un seul moment du film qui ne corresponde à une réalité observée ou vécue » a toujours affirmé Paul Meyer. Fictionnelle est leur structure narrative comme s’il s’agissait de ne pas en rester là, au stade du constat, mais au contraire de dépasser la réalité pour la faire accéder à un imaginaire plus large en forme d’ébranlement poétique. Ce programme se compose de deux films à voir idéalement en famille tant les enfants y sont à chaque fois les principaux protagonistes. Patrick Leboutte
Samedi 11 avril - 14h30
LE CHANTIER DES GOSSES Jean Harlez 1h16
Les Marolles : un quartier populaire au cœur même de Bruxelles. Les enfants y sont les rois, les terrains vagues leur petit paradis, du moins jusqu’à ce que des hommes en costume et chapeaux mous ne les arpentent à leur tour, géomètres, ingénieurs, promoteurs immobiliers, prometteurs de jours assombris. « Bruxellisation » disait-on alors pour désigner la transformation rationnelle de la capitale et l’évacuation planifiée de ses habitants les plus pauvres. Pour ces gosses, pas question d’en rester là, sans combattre. La guerre est déclarée. David contre Goliath. Révolte de petits gueux espiègles qui se sont pris au jeu du cinéma avec un naturel saisissant et pour cause, c’était leur histoire (voilà pour la fiction) ; pelleteuses, marteaux-pilons, destruction en temps réel de leur habitat (voici pour l’inscription documentaire). Rarement fiction et documentaire se seront à ce point entremêlés. Un film majeur sur la conscience politique de l’enfance Patrick Leboutte
Samedi 11 avril - 16h30
DEJA S'ENVOLE LAFLEUR MAIGRE Paul Meyer 1h27
Considéré comme le premier chef-d’œuvre du cinéma belge, reconnu internationalement et salué par Rossellini qui voyait en lui « le meilleur film néoréaliste jamais tourné hors d’Italie », Déjà s’envole la fleur maigre raconte l’arrivée d’une famille sicilienne venue rejoindre le père, ouvrier-mineur en exil dans les charbonnages belges alors en déclin. Un terril en était le personnage central, les enfants de l’immigration ses indispensables acolytes, les gestes ouvriers ses nervures. Rarement paysage n’aura pris autant d’importance dans un film, autant de consistance, traduisant ou exprimant la réalité de tous tant, pour le cinéaste, les lieux doivent avant tout se dire, ne peuvent rester simplement décoratifs : ce sont eux qui écrivent les scénarios. Ce film aurait dû fonder et féconder un cinéma belge alors en gestation confuse. Il n’en fut rien : censuré par l’Etat pour ses descriptions trop précises des réalités sociales, il fut condamné à moisir pendant 35 ans dans les culs de basse-fosse de l’Histoire officielle, jusqu’à ce qu’en 1994 le jeune critique fougueux que j’étais à l’époque ne se décide à consacrer son énergie à sa réhabilitation. C’est cette histoire d’un film essentiel, mais néanmoins maudit, auquel je viens de consacrer un livre, que je souhaite vous raconter. Patrick Leboutte
Partie 2 : LE MONDE EN FACE
Les cinéastes belges ont toujours eu la bougeotte. 30 688 km2, c’est trop petit, trop étriqué, à fortiori pour des documentaristes dont la première fonction reste de filmer le monde, comme il va ou ne va pas. Raison pour laquelle, de Luc de Heusch (en Afrique noire, dans les anciennes colonies) jusqu’à Tawfiq Sabouni (en Syrie, aujourd’hui), en passant par Michel Khleifi (en Palestine) ou Yasmina Abdellaoui et Benoît Dervaux (en Roumanie), ils posèrent régulièrement leurs caméras au-delà de leurs frontières, bien conscients qu’il n’existe qu’un seul monde et que ce qui résonne ailleurs tressaille dans l’ici. Patrick Leboutte
Dimanche 12 avril - 10h00
GIGI, MONICA... ET BIANCA
Yasmina Abdellaoui
Benoît Dervaux
1h24
Une bande d’enfants des rues vit dans la gare du Nord de Bucarest. Cette gare froide, humide, sale et anonyme, constitue leur cache. Gigi (17 ans), Bianca (15 ans) vivent leur amour au sein de cette bande. Un petit nouveau va arriver, il attend dans le ventre de Monica. Gigi veut quitter l’anonymat de la rue, trouver un toit, fonder une famille. Cet enfant va-t-il naître? Où? Comment? Que va-t-il devenir? Il nous embarque tout de suite, Gigi, dans son histoire, sa vérité, face caméra. Et on sait qu'avec ce film on ne sera plus jamais tout à fait les mêmes. Il a 17 ans, et a installé son matelas dans les greniers de la gare du nord de Bucarest. Monica a 15 ans, elle vit avec lui, et leurs copains, et ils s'aiment. Une chronique sociale aux côtés d'enfants des rues dans le Bucarest des années 90? C’est aussi une histoire d'amour entre une jeune fille aux "papillons dans la tête" et un jeune homme prêt à en découdre avec les saloperies qui traînent sur son chemin. Et encore une rencontre fraternelle entre des cinéastes belges, Benoît Dervaux et Yasmina Abdellaoui, et des adolescents roumains à qui la vie ne fait pas de cadeau, bientôt rejoints par une petite fille, la leur, Bianca. Pour Gigi et Monica, il faut tenir ensemble, surtout, et la caméra est déterminée à saisir le souffle de cette ténacité. Pauline David
Partie 3 : LE DOCUMENTAIRE BELGE AU PRESENT
Dimanche 12 avril - 14h30
LES RENGAINES Pablo Guarise 0h25
Les Rengaines nous ouvre les portes d'un café populaire bruxellois, La Perle, situé au nord de la ville. L'ambiance y est conviviale, et les habitant·es du quartier s'y retrouvent facilement en fin de journée. Refusant de se limiter à un simple portrait documentaire des habitués, Pablo Guarise joue avec l'outil cinéma pour capter l'essence même du lieu, glissant peu à peu vers le film musical, où le karaoké n'est pas une simple distraction mais un moyen de se réinventer et d'impulser de la magie dans le quotidien. Chaque chanson raconte celui, celle, qui la chante et porte l'imaginaire des histoires passées par le café. Elles font écho aussi à une culture populaire qui lutte contre les effets du temps. Le film prend alors une dimension plus profonde, et devient le réceptacle d'une mémoire collective au travail. Et le témoin d'une ville en transformation, où le café incarne encore l'âme du quartier. Pauline David - Tënk.fr
Dimanche 12 avril - 16h00 ELEVER AU GRAIN Alice Godart 1h22 De son père, aviculteur, fermier modeste dans le Périgord, coincé entre ses volailles, poulets, dindes et pintades, en une époque où l’on compte dans le milieu rural deux suicides par jour, elle n’en pouvait plus. Il était conservateur, elle tendait vers d’autres horizons, raison pour laquelle elle était partie faire des études de cinéma à Bruxelles, au plus loin de lui. Jusqu’au jour où il lui annonça sa maladie : qui reprendra ensuite l’exploitation familiale ? C’est elle qui s’en chargera, revenue au pays, avec sa caméra. Le film raconte cet exploit, celui d’une cinéaste contrainte de devenir fermière alors qu’elle n’en avait pas le moindre goût. Élever au grain, c’est mon coup de foudre, et je ne suis pas le seul à le penser : rares sont en effet les films capables d’aborder à ce point des sujets graves avec autant d’humour, de présence corporelle et de légèreté. Patrick Leboutte
Rencontre avec la réalisatrice, Alice Godart
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